Éditorial de mai 2003

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(éditorial de mai 2003 par Père Michel Evdokimov, d'après le bulletin paroissial n°60)

Voici, je fais toutes choses nouvelles

Nous sommes entrés dans le printemps, où la nature se refait une beauté, où le ciel est plus bleu et les oiseaux chantent plus clair. La vie est-elle renouvelée pour autant? Voici, je fais toutes choses nouvelles dit Dieu dans l'Apocalypse. Avons-nous conscience de la beauté du christianisme, ou plutôt du christianisme en tant que nouveauté, en tant que Bonne Nouvelle?

Pour l'homme de sens commun, les nouvelles c'est tout autre chose. On les glane dans le journal, à la télévision, on les avale jusqu'à en être gavé, il est si important de se montrer informé! À bien y réfléchir, tout se répète. Les partis politiques se querellent, les syndicats préparent la prochaine grêve, un coup d'État se prépare en Afrique, à un degré plus tragique les guerres ne cessent pas, une maladie inconnue - la pneumonie atypique - prend le relais du sida, et bien des jeunes gens perdus dans un monde privé de ses valeurs se droguent ou s'abandonnent au désespoir.

Devant ce monde dévasté par le péché, l'auteur de l'Ecclésiaste s'écrie: Vanité des vanités, tout est vanité. Ce ton désabusé fustige la platitude, l'insignifiance de ce qui nous entoure. L'homme peut-il échapper à l'absurdité de son existence? Le sceptique élégant et indifférent à tout, le nihiliste révolté qui ne voit partout que pourriture, le révolutionnaire qui pour donner du sens à la vanité brandit les armes du despotisme, l'homme tourné vers la modernité qui se gave sur l'Internet de nouvelles bien vite usées, tous continuent d'ignorer la Bonne Nouvelle, qui seule travers les siècles sans se défraîchir, qui seule pourrait rendre à l'homme son poids de lumière.

L'Ecclésiaste dit encore: Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Certes, les techniques évoluent, et l'on peut se demander ce que l'Écclésiaste aurait dit devant ces personnes qui passent quotidiennement des heures devant leur écran de télévision ou d'ordinateur, se laissent traverser par des milliers d'images extérieures, et oublient de soigner leur image intérieure avec laquelle ils ont été créés et qui les relie à Dieu. En perte d'image, l'homme erre en tâtonnant dans un monde obscur.

Il ne suffit pas de prêcher la Bonne Nouvelle, encore faut-il en avoir fait l'expérience pour en témoigner. Avons-nous conscience que par notre baptême nous sommes appelés à renaître à une vie nouvelle? A moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu dit Jésus à Nicodème. Il faut passer par la mort à soi, la mort du vieil homme pour entrer dans une vie pleine de lumière que symbolise la robe blanche dont on revêt le baptisé. Le passage de l'ancien au nouveau, de la mort à la vie, se chante à Pâques: Hier avec Toi ô Christ, j'étais enseveli, avec Toi aujourd'hui je ressuscite, après les souffrances de Ta crucifixion, accorde-moi de partager, Sauveur, la gloire du Royaume. Le passage, tel est le sens du mot Pâque.

La nouveauté de vie est à la fois donnée, et à construire à chaque instant, car le vieux monde ne cesse de nous tourmenter. Jésus joue constamment sur deux registres, celui de la réalité finie et celui de la réalité éternelle. Ainsi, l'eau puisée par la Samaritaine avec son seau peut étancher momentanément la soif, mais l'eau donnée par le Christ peut étancher la soif d'éternité qui est en tout homme. Il a la femme de mauvaise vie vilpendée par les bien-pensants, mais capable de découvrir en elle une autre femme, qui pleure sur ses péchés, et et essuie de ses cheveux le parfum répandu aux pieds de Jésus. Tout acte de repentir marque la volonté de se dépouiller du vieil homme, et la prière d'absolution donne un nouveau vêtement de lumière, pour un nouveau départ. À la fin de la liturgie, le prêtre proclame: Resplendis, resplendis, Nouvelle Jérusalem, car la Gloire du Seigneur a lui sur toi. La communauté est près de se séparer, chacun va retourner à ses occupations, et en même temps cette communauté figure déjà la Jérusalem céleste, vers laquelle nous sommes tournés.

De dimanche en dimanche, de fête en fête, nous renouvellons nos célébrations et chaque fois nous sommes un peu plus renouvelés intérieurement. Jésus est toujours le même, et en même temps il est la nouveauté suprême. Il nous envoie l'Esprit Saint, qui a parlé par les prophètes il y a des milliers d'années, et qui en même temps fait toutes choses nouvelles:

Puis, je vis un nouveau ciel, et une nouvelle terre, Je vis descendre la nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s'est parée pour son époux, et celui qui était assis sur le trône disait: Voici je fais toutes choses nouvelles (Apo. 21, 1-5)

Marchons en nouveauté de vie. Elle chasse la fatigue, le poids des soucis. Vivons-la dès maintenant, dans les conditions du monde déchu. Le temps est traversé par des éclairs d'éternité. Ouvrons nos cœurs à cette vie, fraîche comme l'eau d'une fontaine.

Père Michel Evdokimov (avril 2003)


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