« Un moine du désert avait le pouvoir de chasser les démons. Il leur demande : Qu'est-ce qui vous fait partir ? le jeûne ?? Nous ne mangeons jamais. Les veilles ?? Nous ne dormons jamais. Par quelle puissance partez-vous donc ?? Rien ne peut nous vaincre, sinon l'humilité. » L'humilité se situe au cœur du combat que mène le chrétien contre les mirages de l'orgueil, l'enflure de la vanité. Elle réduit au silence la voix du tentateur : « Vous serez comme des dieux. »
L'image du Christ qui se charge des lourds fardeaux de l'humanité et se présente lui-même comme « doux et humble de cœur » a souvent été occultée et remplacée par celle d'un Dieu autoritaire, paternaliste, prompt à châtier sa créature rebelle. Cette image a éloigné de Dieu un bon nombre de gens. Les mots humilité, douceur, qui dessinent le visage du Christ, sont honnis de nos jours.
Il est arrivé aux Églises de donner des images de fausse humilité, où pour devenir humble on se faisait faussement tout petits, où l'on était plus proche de la résignation de l'esclave face à l'autorité de l'institution, à la lettre du message, qu'à la liberté de l'esprit à laquelle nous invite le Christ. Il est plus facile de se soumettre à un Maître tout-puissant qui programme votre vie, que de se laisser emporter par le souffle de l'Esprit Saint sur les voies d'une humilité librement consentie. Meurs à ton péché, dit le Christ à la femme adultère, meurs à ton être de chair si tu veux renaître à l'Esprit, dit-il à Nicodème. L'humilité est d'abord un rude combat contre le moi prétentieux et envahissant, toujours prêt à s'étaler en public.
La vraie humilité est aussi une grâce, elle naît dans le sentiment de la sainteté de Dieu. « Retire-toi de moi » s'écrie Pierre bouleversé par la présence du divin. L'humilité brûle d'un amour passionné pour Dieu, tout en restant cachée aux hommes. L'humble considère qu'il n'a rien fait dans sa vie, à cause de son insatiable désir de Dieu. Le monde ignore l'effort que demande l'humilité, la force qui y est contenue. Saint Silouane disait : « Le Seigneur m'a appris à tenir mon esprit en enfer et à ne pas désespérer, et c'est ainsi que mon âme apprend l'humilité. »
Le Dieu apparu comme serviteur souffrant offre le modèle d'humilité parfaite. Dépouillé de sa gloire, lavant les pieds de ses disciples, il a pris la dernière place au banquet de l'humanité, et personne ne pourra la lui ravir.
Père Michel Evdokimov - mai 2007
Site de la paroisse des
Saints Pierre et Paul (Chatenay)
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